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27 novembre 2015
Vincent Béja

TuiShou - Les mains collantes

Le TuiShou

Si la pratique de la forme lente du TaiChi est bien connue, le TuiShou n’a pas reçu, à notre avis, l’attention qu’il mérite de la part de nombreux pratiquants occidentaux. Le jeu des « mains collantes » est essentiel pour arriver à incarner les principes que recèle ce subtil art martial chinois.
En effet, selon notre expérience et du point de vue de l’aptitude au contact, la pratique du Tui Shou est déterminante. C’est au travers de ses exercices que nous pouvons apprendre progressivement à « dévier mille livres avec une once »... C’est en effet dans la poussée des mains que nous cherchons à appliquer in vivo les principes qui nous ont fait nous lancer dans le Tai Chi. C’est là, au travers des points de contact concrets avec le corps de notre partenaire, dans le mouvement, que nous pouvons développer la capacité à écouter et à apprécier l’état de notre délicat équilibre avec lui. C’est le lieu de l’incarnation des principes, le domaine où nous pouvons nous tester et vérifier notre compréhension interne et sensori-motrice, faite d’habitudes gestuelles complexes et d’une façon bien particulière de les exécuter avec le partenaire. Il y a, durant le temps de notre échange avec lui, une forme de contact quasi symbiotique à créer et organiser.

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Mr SU avec Vincent à Shanghaï - décembre 2015

Par ailleurs les éléments fondamentaux que sont souplesse et douceur doivent être réalisés le plus complètement et le plus profondément possible. La moindre raideur, la moindre rupture de rythme et nous nous retrouvons hors d’équilibre ou carrément éjectés par notre partenaire si son niveau le lui permet. C’est là que nous vérifions l’état de notre détente musculaire et émotionnelle et là encore que nous devons sans cesse l’approfondir.
Tout ce travail d’adoucissement, de fluidification et de coordination du geste et des tissus corporels n’est évidemment pas sans incidence positive sur la santé. Si le Tui Shou est bien le lieu où le Tai Chi nous propose de transformer et de faire évoluer notre contact avec autrui, cela passe concrètement par une profonde et lente entreprise d’affinage psycho-corporel individuel. Insistons : ce travail, en particulier dans les prises de conscience qu’il nécessite, n’est possible que dans la rencontre avec des partenaires et dans la poussée avec un maître. Et ces prises de conscience, après qu’elles aient eu lieu, doivent être appliquées sans relâche dans l’exercice pour être intégrées dans la personnalité et la gestuelle.
Paul (à droite) dans son appartement de Shanghaï Paul (à droite) dans son appartement de Shanghaï
Ce qui semble des évidences à ceux qui, sous l’égide d’un bon guide, ont commencé à les rencontrer dans le Tui Shou, est difficile à comprendre pour le néophyte comme pour la majorité des pratiquants. Nombreux en effet sont les professeurs qui n’ont pas reçu d’enseignement suffisamment solide et ancré dans les principes. Et ceci, indépendamment même des écoles. L’école CHEN ne dispose pas véritablement d’un Tui Shou, même si elle dispose d’exercices à deux. L’école YANG a vu globalement sa transmission se diluer tandis que l’école WU a toujours été très discrète et parcimonieuse dans la diffusion du cœur de son savoir-faire. Néanmoins cette dernière école met à la disposition de ses étudiants un riche ensemble de techniques qui sont, pourrait-on dire, l’alphabet du Tui Shou. Reste à savoir faire des mots puis des phrases...
Du point de vue du résultat il semble que l’ancrage et la puissance des pratiquants du style YANG soient assez marqués, tandis que la souplesse et la finesse s’observent plutôt du côté des adeptes du style WU. La véritable efficacité, quand à elle, se fait peu connaître...
Il y a donc bien des différences importantes au premier abord. Mais, si l’on veut approfondir pour se frayer un chemin vers le cœur du Tai Chi, ce sont la personnalité et la compétence des maîtres rencontrés qui vont compter. Cela va se traduire aussi au niveau des applications. C’est en effet au travers elles que la conjugaison du Tui Shou et de la forme prend un sens et c’est du mariage de ces deux pratiques que dépend le savoir-faire de l’adepte. Mais il faut faire bien attention : nombreux sont les professeurs qui, faute d’une transmission adéquate, cherchent un sens sans avoir incorporé les principes. Sans le savoir ils s’écartent ainsi du Tai Chi véritable et, même s’ils comprennent la structure gestuelle de l’application, s’ils n’en maîtrisent pas la manière subtile de la mettre en œuvre, ils ne sauront en tirer profit dans l’exécution de la forme. Celle-ci restera largement vide et sa répétition ne les aidera guère à progresser.

Démonstration de TuiShou par monsieur MA YueLiang avec SHI MeilLin et d’autres partenaires...

Démonstration de TuiShou par MA YueLiang
MA YueLiang pratique avec SHI MeiLin et d’autres partenaires.